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1881 : tandis que la Tunisie est occupée, Midhat Pacha est remis aux autorités ottomanes — Deux événements, un même calcul diplomatique

Ana SayfaKültür Sanat & Spor - Culture Et Sport1881 : tandis que la Tunisie est occupée, Midhat Pacha est remis aux autorités ottomanes — Deux événements, un même calcul diplomatique
1881 : tandis que la Tunisie est occupée, Midhat Pacha est remis aux autorités ottomanes — Deux événements, un même calcul diplomatique

1881 : tandis que la Tunisie est occupée, Midhat Pacha est remis aux autorités ottomanes — Deux événements, un même calcul diplomatique

10 Ekim, 2026, Cumartesi 17:36
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1881 : tandis que la Tunisie est occupée, Midhat Pacha est remis aux autorités ottomanes — Deux événements, un même calcul diplomatique

Quelques jours seulement séparent l’instauration du protectorat français en Tunisie de la fin de la protection française accordée à Midhat Pacha à Izmir et de sa remise aux autorités ottomanes. Les correspondances diplomatiques françaises montrent que ces deux événements ne peuvent être examinés indépendamment l’un de l’autre. Il convient toutefois de distinguer un lien politique d’un accord d’échange formellement établi.

Kadir Duran | Bruxelles Korner

D’un côté, une Tunisie dont la souveraineté se réduit. De l’autre, un ancien grand vizir ottoman cherchant refuge dans un consulat étranger… En mai 1881, les événements survenus sur les deux rives de la Méditerranée réunissent, dans un même dossier diplomatique, les ambitions coloniales européennes et les luttes de pouvoir au sein du palais ottoman.

Pour comprendre cette histoire, il faut d’abord remonter quelques années en arrière.

1876–1877 : après la Constitution, la rupture

Midhat Pacha est l’une des grandes figures du passage de l’Empire ottoman à un régime constitutionnel. Il participe à la destitution du sultan Abdülaziz, puis travaille à l’élaboration de la Constitution ottomane, le Kanun-ı Esasi. Après l’accession au trône d’Abdülhamid II, il redevient grand vizir. La Constitution est proclamée le 23 décembre 1876.

Mais sa promulgation ne met pas fin au conflit politique entre le palais et le grand vizir. Les désaccords sur l’exercice du pouvoir et l’avenir de l’État s’approfondissent. Le 5 février 1877, Midhat Pacha est démis de ses fonctions et exilé à l’étranger. Il sera ensuite autorisé à rentrer dans l’Empire et retrouvera des fonctions de gouverneur.

Printemps 1881 : la Tunisie dans le viseur de la France

Tout en demeurant rattachée à l’Empire ottoman, la Tunisie dispose d’une large autonomie. La France cherche, quant à elle, à étendre son influence vers ce territoire situé à l’est de l’Algérie.

Au printemps 1881, les affrontements frontaliers impliquant les tribus kroumires servent de justification à l’intervention militaire française. Une question locale de sécurité devient, dans les calculs régionaux des grandes puissances, la porte d’entrée d’une occupation. Les ambitions françaises, les positions des États européens et la faible capacité du pouvoir tunisien à empêcher l’intervention se conjuguent.

12 mai 1881 : au Bardo, une souveraineté amputée

Sous la pression militaire française, le bey de Tunis, Mohammed es-Sadok, signe le traité du Bardo.

Le texte autorise la France à occuper militairement les points qu’elle juge nécessaires au rétablissement de l’ordre et de la sécurité. Les engagements internationaux de la Tunisie sont également soumis à l’accord français.

En contrepartie, la France s’engage à protéger le bey et sa dynastie. Le souverain conserve sa fonction, mais la capacité du pays à décider librement se trouve considérablement réduite. Les fondements du protectorat français sont ainsi posés.

17–18 mai 1881 : à Izmir, un pacha se réfugie au consulat

Quelques jours à peine se sont écoulés depuis la signature du traité du Bardo. Cette fois, les événements se concentrent à Izmir.

Midhat Pacha, gouverneur d’Aydın, est menacé d’arrestation dans le cadre de l’enquête sur la mort du sultan Abdülaziz. Son refuge au consulat français transforme une affaire de politique intérieure ottomane en une question directement soumise à Paris.

La France ne maintient pas sa protection. Après les assurances données par Ahmed Cevdet Pacha, Midhat Pacha se rend aux autorités ottomanes. La France satisfait ainsi une demande importante du pouvoir ottoman, avec lequel ses relations se sont tendues en raison de la Tunisie.

Les correspondances des 17–18 mai : le moment où les deux dossiers se rejoignent

Les documents publiés par Bilal N. Şimşir dans son ouvrage La fin de Midhat Pacha d’après les documents français mettent en évidence le lien politique.

Tissot, ambassadeur de France à Constantinople, estime que la remise de Midhat Pacha pourrait contribuer à apaiser les relations avec le sultan. Paris décide en quelques heures de ne pas maintenir sa protection. Selon le rapport de Tissot du 18 mai, le sultan se montre satisfait de l’attitude française et fait transmettre ses remerciements.

Le même rapport évoque la Tunisie. L’ambassadeur indique avoir été indirectement informé que le sultan considérait cette crise comme un « nuage passager » entre les deux pays. Un proche du palais, dont l’identité n’est pas précisée, aurait également transmis des messages d’ouverture à un compromis.

Il s’agit d’informations rapportées par l’ambassadeur français, et non d’un accord d’échange signé par le sultan. Şimşir interprète ces documents comme les signes d’un assouplissement de la position ottomane favorable à la politique française. Il précise néanmoins qu’ils ne permettent pas de prouver définitivement que la Tunisie aurait été échangée contre un pacha.

19 mai 1881 : l’affaire arrive à Londres

L’épisode est également évoqué à la Chambre des communes britannique. Une question est posée : Midhat Pacha s’est-il rendu volontairement ou a-t-il été livré aux autorités ottomanes par le consul de France ?

Le représentant du gouvernement britannique, tout en soulignant le caractère incertain de ses informations, indique que le pacha a quitté le consulat pour se rendre. Il ajoute toutefois que celui-ci pouvait penser qu’il serait, de toute manière, remis aux autorités. Cette réponse éclaire les contraintes que peut dissimuler l’expression « reddition volontaire ».

Juin 1881–mai 1884 : procès, emprisonnement et mort

En juin 1881, Midhat Pacha est jugé par le tribunal constitué à Yıldız et condamné à mort. Abdülhamid II commue sa peine en réclusion à perpétuité. Envoyé à Taïf, l’ancien grand vizir est tué par strangulation en détention en mai 1884.

Des dates différentes, un même processus diplomatique

Le fait que le traité du Bardo ait été signé avant la remise de Midhat Pacha ne démontre pas l’absence de lien entre les deux événements. Le déclenchement d’une occupation et la gestion des réactions diplomatiques qu’elle suscite constituent des étapes différentes d’un même processus.

La lecture que permettent les documents est la suivante : la France a utilisé sa position dans l’affaire Midhat Pacha pour améliorer ses relations avec le palais ottoman ; ce rapprochement a également influencé le contexte diplomatique de la crise tunisienne. Mais attribuer la perte de la Tunisie à ce seul épisode reviendrait à négliger l’expansionnisme français et les rapports de force internationaux de l’époque.

La question soulevée par 1881 conserve toute sa pertinence : dans quelle mesure les priorités politiques intérieures d’un pouvoir façonnent-elles ses négociations internationales ?

L’histoire de la Tunisie et de Midhat Pacha en offre une illustration particulièrement frappante.

Note de l’auteur : Je ne suis pas historien. Cet article propose un regard sur des événements historiques à la lumière des sources consultées et des recherches effectuées. Il ne prétend pas établir des conclusions définitives ou incontestables et peut comporter des erreurs ou des omissions. Je reste ouvert aux corrections étayées par des sources, aux interprétations différentes et aux critiques constructives.

Kadir Duran | Bruxelles Korner

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