Ouzbékistan : une économie en accélération maîtrisée Analyse du 1er au 15 avril 2026
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Ouzbékistan : une économie en accélération maîtrisée
Analyse du 1er au 15 avril 2026
Début avril 2026 ne fait que confirmer ce que les observateurs les plus attentifs pressentaient depuis plusieurs trimestres : l’économie ouzbèke est entrée dans une phase d’accélération qui n’a plus grand-chose à voir avec les transitions laborieuses qui caractérisaient jadis la région. Le Fonds monétaire international a révisé à la hausse ses projections, portant l’estimation de croissance pour 2026 à 6,8 %, dans le sillage d’une année 2025 déjà remarquable — 7,7 % de croissance, chômage ramené à 4,8 %. La consommation intérieure, l’investissement et une série de réformes structurelles engagées de longue main constituent le soubassement de cette dynamique.
Mais la vigueur d’une économie ne se mesure pas qu’à sa vitesse. Elle se lit aussi dans les tensions qu’elle génère. L’inflation, révisée à 6,8 %, dépasse l’objectif officiel et nourrit des inquiétudes que le FMI ne se prive pas d’exprimer, recommandant discipline budgétaire et réduction progressive des subventions. Face à cette pression, le président Mirziyoyev a fixé, dès le 2 avril, un cap clair : ramener l’inflation entre 6 et 6,5 % par un soutien ciblé aux exportations alimentaires et un ajustement des tarifs préférentiels. L’équilibre recherché est celui, classique et délicat, des économies en transition : ne pas sacrifier la croissance sur l’autel de la stabilité, sans laisser la stabilité se consumer dans les braises de la croissance.
Sur le plan structurel, le mouvement est tout aussi net. L’Ouzbékistan s’engage résolument dans un désengagement de l’État de l’économie productive, avec l’ambition affichée de réduire de 60 % le nombre d’entreprises publiques sur plusieurs années. Les privatisations s’accélèrent, les cessions d’actifs se multiplient, la digitalisation du suivi des entreprises avance. Ce faisant, c’est un modèle économique tout entier qui se reconfigure : non plus administré depuis le centre, mais animé par un secteur privé en expansion, un système bancaire en montée en puissance et une diversification croissante des acteurs financiers.
À l’extérieur, le pays n’est pas moins actif. En deux mois seulement, le commerce extérieur a progressé de 7,1 %, atteignant 11,6 milliards de dollars. Les liens avec les États-Unis se resserrent, matérialisés par le lancement d’un U.S.–Uzbekistan Business and Investment Council destiné à structurer les flux d’investissement bilatéraux. La Banque mondiale, de son côté, gère 27 projets actifs dans le pays pour un total de 5,6 milliards de dollars d’engagements, couvrant l’énergie, les infrastructures, l’agriculture et la protection sociale. L’Ouzbékistan est devenu un terrain structuré, crédible, recherché par les bailleurs multilatéraux comme par les investisseurs privés.
Ce tableau d’ensemble s’inscrit dans un cadre stratégique que le gouvernement a nommé « Uzbekistan 2030 » et dont les contours se précisent : modernisation économique, alignement sur les standards internationaux, insertion dans les chaînes de valeur mondiales. L’ambition n’est pas seulement de croître, mais de prendre place dans l’architecture économique globale en tant que plateforme d’investissement, hub régional, acteur de premier plan dans les corridors qui relient l’Asie centrale au reste du monde.
Il reste, bien sûr, une inconnue fondamentale. La capacité des autorités à tenir simultanément trois impératifs contradictoires maintenir une croissance rapide, préserver la stabilité macroéconomique et conduire des réformes en profondeur n’est pas encore démontrée dans la durée. L’Ouzbékistan n’est plus une économie en transition lente. Il est devenu un marché émergent structuré, engagé dans une accélération stratégique dont l’issue dépendra, en dernière instance, de la qualité du pilotage qui l’accompagne.
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