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Le règne du smash est-il fini ? Quand le « wet burger » remplace la croûte par la vapeur

Le règne du smash est-il fini ? Quand le « wet burger » remplace la croûte par la vapeur

Le règne du smash est-il fini ? Quand le « wet burger » remplace la croûte par la vapeur

BRUXELLES KORNER | Gastronomie urbaine — Par Kadir Duran

Après la décennie du croustillant obligatoire — smash burger, croûte caramélisée, culte de la réaction de Maillard — une contre-vague s’avance, plus douce, plus humide, plus nocturne. Elle vient d’Istanbul, se popularise à Paris, et propose l’exact inverse du burger “performant”. Son nom : ıslak hamburger, littéralement “burger humide”, rebaptisé wet burger pour l’export. 

1) Le wet burger, ou l’anti-smash revendiqué

Le smash burger est un burger de surface : on écrase, on saisit, on cherche la croûte, le contraste, la morsure.

Le wet burger est un burger de volume : on imbibe, on enferme dans la vapeur, on transforme le bun en éponge aromatique.

La structure est simple, presque brutale :

Résultat : un burger “fondant”, saturé de sauce, où l’idée n’est pas de craquer, mais de céder. 

2) Istanbul, la nuit, et la logique du “snack qui sauve”

L’ıslak hamburger n’est pas né comme un produit “gourmet”. Il appartient à une culture : celle des sorties, des rues qui respirent encore après minuit, des comptoirs où l’on mange debout.

Autour de Taksim et d’Istiklal, il s’est imposé comme un classique de la nuit : burgers qui “transpirent” derrière une vitre, vapeur chargée d’ail et d’épices, service rapide, geste automatique. Une nourriture d’après, faite pour éponger la fatigue et l’alcool  et qu’on commande souvent en série. 

3) Pourquoi maintenant ? Le marché est fatigué du croustillant

Les tendances alimentaires fonctionnent par balancier. Après la surenchère de croûte (smash partout, “double smash” partout, “triple smash” nulle part), l’anti-tendance devient logique.

Le wet burger coche trois cases contemporaines :

  1. Texture réconfort : le “soft” revient, surtout en hiver et en contexte urbain.

  2. Transportabilité : paradoxalement, un burger déjà “humide” souffre moins de la livraison qu’un smash dont la croûte se ramollit et déçoit.

  3. Signature facile à raconter : vitrine vapeur + sauce + Istanbul = identité immédiate.

Ce n’est pas qu’une recette : c’est un dispositif (l’étuve), donc une histoire. 

4) Paris l’embrasse : quand la street-food turque devient “concept”

Le produit a besoin d’un sas d’entrée européen. À Paris, SLAK a précisément joué ce rôle : importer l’imaginaire d’Istanbul (le burger “venu tout droit d’Istanbul”, imbibé de sauce) et l’intégrer à une esthétique de comptoir urbain. 

Ce qui change ici, ce n’est pas seulement l’assiette. C’est le statut : le wet burger cesse d’être un “snack de nuit” et devient un objet de curiosité, un marqueur de tendance.

5) Bruxelles : terrain naturel, mais public impitoyable

À Bruxelles, la greffe est plausible pour des raisons évidentes :

Mais Bruxelles est aussi une ville qui sanctionne vite le “gadget”. Pour que le wet burger tienne ici, il devra réussir trois tests :

Conclusion : le smash ne meurt pas  il se normalise

Le smash burger ne disparaît pas. Il devient une base, un standard, parfois un automatisme.

Le wet burger, lui, arrive comme un rappel : la street-food n’est pas toujours une démonstration technique. Parfois, elle est une sensation. Une vapeur. Une sauce. Une mémoire de nuit.

La question n’est donc pas “smash ou wet”. La vraie question, plus brutale, est celle-ci : sommes-nous en train de passer d’un burger de performance à un burger de réconfort ?

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