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Kazakhstan : Nouvelle Constitution, État-pivot et reconfiguration du pouvoir

Kazakhstan : Nouvelle Constitution, État-pivot et reconfiguration du pouvoir


Nouvelle Constitution, État-pivot et reconfiguration du pouvoir (2026–2027)

Kazakhstan : géographie stratégique et ambition multivectorielle
Analyse – Bruxelles Korner
Par Kadir Duran

Le Kazakhstan est, de loin, l’État le plus vaste et le plus diversifié d’Asie centrale. Son étendue territoriale s’accompagne d’une singularité rare : une multiplicité de frontières terrestres et maritimes qui façonnent directement ses choix géoéconomiques et diplomatiques.

Une centralité géographique structurante

Le Kazakhstan partage des frontières terrestres avec l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, la Chine, le Turkménistan et la Russie. À cela s’ajoutent des interfaces maritimes déterminantes : la mer Caspienne, porte d’accès vers l’Azerbaïdjan et le Caucase ; la mer d’Aral, partagée avec l’Ouzbékistan, espace symbolique et environnemental ; et, au sud, une continuité géoéconomique vers l’Iran via les corridors caspiens.

Cette accumulation de frontières place le pays au cœur des flux eurasiens, dans un contexte international marqué par la fragmentation des chaînes de valeur, l’instabilité régionale et la concurrence accrue entre puissances de transit. Dans une économie mondiale où les routes se déplacent vite et où les risques politiques se “transportent” plus vite encore  la géographie du Kazakhstan n’est pas un décor : c’est une contrainte de gouvernance… et une opportunité de puissance.

Le tournant constitutionnel : de l’amendement à la refondation

Le 31 janvier 2026, la Cour constitutionnelle du Kazakhstan a rendu public un projet de nouvelle Constitution, fruit d’un processus engagé au sommet de l’État. Le message est explicite : il ne s’agit plus de corrections marginales, mais d’une refondation institutionnelle appelée à être tranchée par référendum national.

Cette réforme marque un changement de nature. Le Kazakhstan cherche à aligner son architecture politique avec ses ambitions géopolitiques : devenir un État-pivot fiable entre Europe et Asie, capable d’absorber les chocs et d’offrir une sécurité juridique lisible à ses partenaires. La rupture n’est pas seulement juridique : elle est politique. Le pouvoir ne vend plus des “amendements” ; il propose un nouvel agencement institutionnel, avec une logique assumée : convertir la géographie (hub eurasiatique) en crédibilité (stabilité, lisibilité, sécurité juridique).

Ce que le projet change, et ce que cela produit

1) Parlement monocaméral : accélération institutionnelle, mais test des contrepoids

L’idée d’un passage à un Parlement monocaméral a été annoncée par le président Kassym-Jomart Tokayev dans son discours annuel de septembre 2025, avec la perspective d’un référendum en 2027.

2) Renforcement de l’“État de droit” : gain de langage international, épreuve de mise en œuvre

Le projet met en avant une montée en gamme des garanties : non-rétroactivité défavorable, présomption d’innocence, protections procédurales, etc.

3) Valeurs, souveraineté, intégrité : consolidation du noyau dur

Les éléments intangibles (unité, souveraineté, intégrité territoriale) sont réaffirmés comme socle, dans une région où la fragilité des frontières et des loyautés n’est pas théorique.

4) Numérique : la Constitution comme pièce maîtresse d’un État “digital-first”

Le pouvoir a explicitement placé 2026 sous le signe de la digitalisation et de l’intelligence artificielle, présentées comme priorités de gouvernement.

Lecture Bruxelles Korner : ce volet est loin d’être gadget. Un État de transit qui veut “gagner la confiance” ne vend pas seulement des routes et des pipelines ; il vend aussi des procédures, des données, des standards, une administration prédictible. Le numérique devient un instrument de pilotage (services publics, conformité, contrôle, attractivité), mais aussi un terrain de tensions (droits, surveillance, arbitrages).

Les effets géopolitiques : la réforme comme outil de diplomatie multivectorielle

La doctrine multivectorielle du Kazakhstan  parler à plusieurs puissances sans s’aligner totalement sur une seule  exige une chose : la crédibilité. Or, la crédibilité s’achète rarement par la communication ; elle se construit par des institutions qui tiennent quand le contexte se dégrade.

Dans cette logique, la réforme constitutionnelle sert trois objectifs simultanés :

À noter : en 2026, le Kazakhstan doit aussi porter des priorités régionales au sein de l’Union économique eurasiatique, avec une emphase publique sur la réduction des barrières et l’usage d’outils d’IA pour l’intégration économique.

Avis Bruxelles Korner : modernisation réelle, mais centralisation “reconditionnée” ?

Cette nouvelle Constitution ressemble à une Constitution de stabilisation.

Oui, elle modernise le langage (droits, procédures, numérique, capital humain).
Oui, elle envoie un signal externe rationnel : “État fiable, transit sûr, cadre lisible.”

Mais elle peut aussi produire une centralisation plus propre, plus juridique, plus institutionnalisée donc plus durable  si les contrepoids ne deviennent pas opérationnels.

La question décisive n’est donc pas : “Le texte est-il moderne ?”
La question décisive est : qui contrôlera l’interprétation et l’application de cette modernité, dans les moments où les intérêts de l’État, du pouvoir et de la société divergent ?

Conclusion

Le Kazakhstan joue long. Sa géographie l’oblige à être solide, parce que ses frontières l’exposent. Le projet constitutionnel de 2026 est une tentative de transformer cette exposition en avantage : stabilité interne + crédibilité externe = hub eurasiatique durable.

Le référendum à venir ne sera pas un vote technique. Ce sera un vote sur un modèle de gouvernance : plus efficace, plus lisible, plus “internationalement vendable”  et potentiellement plus vertical.

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